Chapitre 1Toupie or not toupie
Un bâtiment évolutif, l'immeuble-toupie
« Ce matin, en marchant dans ces rues pourtant connues, je découvre un monde réinventé. Après ces années perdues, loin de la Terre, de ma vie, je craignais ce monde nouveau, dont je ne connaissais que les échos qu’on avait bien voulu me partager… Aujourd'hui, je m’émerveille devant le résultat de ces transformations, des décisions parfois courageuses qu’il a fallu prendre au cours de ces vingt années. »
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Je découvre une nouvelle façon de vivre, de penser, d'interagir. Les immeubles ne sont plus de simples bâtiments : ils respirent, abritent toutes sortes d'activités, accueillent la biodiversité. Les bureaux sont devenus des lieux-refuges où l'on vient autant pour travailler que pour se ressourcer.
Ulysse
Astronaute, rescapé de la mission Kanaloa, témoin de 2050
« La mode est à l’intégration des contraintes climatiques, aux voitures électriques silencieuses qui glissent sur les voies apaisées, aux fermes urbaines nichées dans d'anciennes tours de bureaux, aux quartiers végétalisés où les voisins se retrouvent. Les gens se parlent. Ils prennent le temps. Ils habitent vraiment leurs espaces, au lieu de simplement les traverser. »
Un bâtiment évolutif, l'immeuble-toupie
Renaturation : quand chaque mètre carré devient décisif
Nomadisme et transhumance
Relier les âges, mêler les usages
Vivre avec les éléments plutôt que contre eux
Rendre les grands sites tertiaires plus vivants, plus habitables
Ces bâtiments qu'il faut apprendre à transformer
Quand le bâtiment devient refuge
Itach, métropole française imaginaire, incarne les mutations profondes que connaîtront nos villes d'ici 2050. Face aux crises climatiques, au vieillissement de la population et à l'évolution des usages, cette ville durable a su anticiper, transformer son territoire, et réinventer son quotidien.
Quand Ulysse revient en 2050 après vingt ans dans l'espace, il découvre une ville métamorphosée. La température a grimpé de cinq degrés, mais Itach respire. L'air est pur, le silence règne, les passants marchent lentement. Les anciennes autoroutes urbaines sont devenues des trottoirs élargis bordés de commerces de bouche. La tour Coléoptère, sauvée de la démolition, incarne l'immeuble-toupie. Les habitants paient des mètres carrés avec plus ou moins d'espace selon les moments de vie. Seniors, trentenaires et familles cohabitent. Les interactions sont apaisées, conviviales. Le sourire domine.
Le Sillage, immense parc renaturé, traverse la ville. On y trouve des mares, des potagers, des serres vitrées. Les habitants viennent cultiver la terre. D'anciens bureaux ont été transformés en fermes urbaines où poussent légumes et vignes. Tout le monde participe à la production. On mange local, on travaille moins grâce à l'intelligence artificielle, on s'investit dans la collectivité. La ville de 2050 propose une diversité de typologies architecturales pensées pour répondre aux nouveaux besoins.
La ville a cessé d'être une somme d'infrastructures pour devenir un lieu de relations. À Itach, chaque aménagement vise d'abord à améliorer la qualité de la vie en commun.
La ville de 2050 accueille de nouveaux profils d'habitants. Les modes de vie se diversifient. Les frontières entre générations, entre usages, entre espaces s'estompent.
Ces nouvelles façons d'habiter répondent à des enjeux démographiques, économiques et climatiques. Le vieillissement de la population impose de repenser les résidences intergénérationnelles. Les crises climatiques poussent à une forme de “transhumance urbaine” : on change de lieu selon les saisons.
Le nomadisme urbain redéfinit notre rapport au logement. Les habitants pratiquent la “transhumance urbaine”, changeant de quartier au gré des saisons, des opportunités professionnelles ou des envies. Les immeubles-toupies facilitent cette mobilité résidentielle, offrant des logements modulables et des baux flexibles. On bouge. On s'adapte. On vit autrement.
Les nouveaux bureaux intègrent flexibilité et collaboration. Les grands sites tertiaires se transforment en lieux hybrides : espaces de coworking, fermes urbaines, lieux de convivialité. Le bureau en 2050 devient un lieu-refuge où l'on vient autant pour travailler que pour se ressourcer. On y trouve du confort climatique, une qualité de l'air irréprochable, des espaces lumineux. On y respire. On y crée. On s'y sent bien.
Les résidences intergénérationnelles mêlent seniors, jeunes actifs et familles. Grâce aux logements évolutifs, les familles louent des pièces supplémentaires pour les enfants en garde alternée ou pour accueillir un parent âgé. L'habitat participatif et le coliving se généralisent, créant de nouvelles solidarités. On partage une cuisine. On mutualise une buanderie. On invente de nouvelles façons de vivre ensemble.
La ville relationnelle place les interactions humaines au cœur de l'aménagement urbain. L'urbanisme tactique privilégie les rencontres, les échanges, la proximité. Chaque renouvellement urbain, chaque transformation de zone commerciale vise à renforcer le lien social. À créer de l'harmonie. À favoriser le bien-vivre.
La mobilité douce domine : vélos, trottinettes, marche. Les voitures électriques silencieuses glissent sur des voies apaisées. L'emprise routière diminue au profit d'espaces verts, de trottoirs élargis et de pistes cyclables. Les habitants respirent un air plus pur. On entend les oiseaux. On s'abrite sous les arbres. On marche plus lentement. La ville respire.
Les fermes urbaines transforment d'anciens sites tertiaires en sites de production. Agriculture urbaine, hydroponie, toitures végétalisées : Itach devient partiellement autosuffisante. Les habitants participent à la production, cultivent des potagers partagés, créent du lien. Cette économie circulaire valorise le réemploi et la transformation d'immeubles obsolètes. On ne détruit plus. On transforme.
« 2050, L'Odyssée de la ville », co-écrit par Romain Lucazeau et Marguerite Imbert (auteurs de science-fiction et tous deux lauréats du Grand Prix de l'Imaginaire) avec la complicité de Lloyd Chéry (rédacteur en chef adjoint de Métal Hurlant), se compose de huit chapitres thématiques. Chacun s'appuie sur des réflexions très concrètes menées par Icade avec des experts internes et externes, dans le cadre de la démarche « Ateliers Ville de 2050 » lancée ces derniers mois. « 2050, L'Odyssée de la ville » s'adresse à tous les acteurs de la fabrique urbaine.
Au-delà des récits de fiction, le magazine comprend également des entretiens avec des experts : Sonia Lavadinho, anthropologue urbaine, et Madeleine Masse, architecte-urbaniste reviennent sur la démarche « Ateliers Ville de 2050 » qu’elles ont supervisée pour Icade et évoquent leur vision de la ville de demain. Pierre-Marie Chapon, démographe, étudie la cohabitation intergénérationnelle. Aude Léa Rapin, scénariste, explore les différentes façons de représenter la ville du futur. Élodie Jacquier-Laforge, Directrice générale d'Intercommunalité de France, valorise l’écoute de la population pour ces sujets de transitions.
Les habitants deviennent acteurs. Ils participent aux aménagements publics, cultivent la terre, s'investissent dans les services urbains. La gouvernance partagée renforce la cohésion sociale. On se parle. On s'écoute. On construit ensemble.