Crise sanitaire, essor du télétravail, nouveaux modes de travail : on a souvent annoncé la fin du bureau. Pourtant, les chiffres disent l'inverse. Le livre blanc Le bureau à l'ère des transitions a été publié en octobre 2026 par le Groupe SCET HTC, avec Icade, le Groupe BPCE, Gecina, OFI Invest et SFL. Il montre que le bureau reste un moteur d'innovation, de compétitivité et de cohésion sociale pour la France et ses territoires.
Plus de 8 millions de Français travaillent dans un bureau, soit 30 % des emplois du pays. C'est 2,3 fois plus que l'industrie et 7 fois plus que l'hôtellerie-restauration. Le parc couvre 173 millions de m², dont les deux tiers hors de la région parisienne.
C'est là que se joue une part de l'attractivité territoriale. Un territoire qui propose des bureaux modernes, bien desservis et adaptés aux nouveaux usages attire plus facilement les entreprises, et avec elles les talents. Le bureau n'est donc pas qu'un lieu de travail : c'est aussi un moteur du développement des territoires. Reste à savoir comment il se transforme à l'heure du travail hybride.
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Penser l’avenir du bureau, c’est penser celui du travail et de millions d'emplois, du vivre ensemble, de la création de valeur et de l’attractivité de notre pays et de ses territoires.
Christophe Lasnier
Directeur Général Adjoint de la SCET
Le travail hybride est devenu la norme, mais il n'a pas vidé les bureaux. Les salariés y viennent en moyenne 3,1 jours par semaine. En Île-de-France, le télétravail a même baissé de 12 % entre 2023 et 2025, pour se stabiliser à 1,5 jour par semaine. Les entreprises s'adaptent aux nouvelles tendances, et plus particulièrement aux nouvelles demandes.
Le bureau garde un rôle clair : réunir, fédérer et coopérer. 55 % des salariés le préfèrent pour collaborer, contre 21 % pour le domicile. Il reste aussi le lieu préféré pour les réunions et pour réseauter. Contrairement aux idées reçues, l'intelligence artificielle renforce le besoin du présentiel, et pousse à la collaboration, aux interactions et au partage de connaissances. 89 % des dirigeants jugent d’ailleurs le bureau encore plus stratégique avec le développement de l'IA.
La qualité des lieux fait la différence. 75 % des salariés estiment que des bureaux bien aménagés améliorent leur bien-être au travail, et la lumière naturelle arrive en tête de leurs critères. Chez les moins de 35 ans, 69 % disent que les bureaux ont pesé dans leur choix d'employeur. L'aménagement de bureaux et les espaces collaboratifs sont donc devenus de vrais leviers de rétention des talents.
Le bureau ne se limite pas aux quartiers d'affaires historiques. Entre 2022 et 2024, les régions hors Île-de-France ont attiré 73 % des projets d'implantation d'activités tertiaires. Les marchés de Lyon, Toulouse et Lille ont des tailles proches de ceux de Bruxelles ou du Luxembourg. Pour les métropoles régionales, une offre de bureaux de qualité est donc un atout d'attractivité territoriale.
Le bureau fait aussi vivre les quartiers qui l'entourent. Deux employés de bureau sur trois consomment dans les commerces de proximité de leur lieu de travail. En Île-de-France, les 35 pôles de bureaux couvrent seulement 1 % du territoire, mais un quart des salariés du commerce et des services de la région y travaillent. Restaurants, commerces, services : toute une économie locale dépend de la présence des salariés.
Pour aller plus loin, ce livre blanc sur la transition des bureaux plaide pour plus de mixité fonctionnelle. Avec l’ouverture d’immeubles tertiaires à la vie de quartier, de mieux associer les professionnels de l'immobilier aux plans locaux d'urbanisme (PLU et PLUi) et d'accompagner la transformation en logements des bureaux qui ne trouvent plus preneurs.
Le décret tertiaire fixe un objectif de baisse de 40 % de la consommation d'énergie en 2030 et de 60 % en 2050, par rapport à 2010. Les bureaux sont sur la bonne trajectoire. Depuis 2020, leur consommation baisse de 3,8 % par an et leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,5 % par an. Le marché valorise ces efforts : la moitié des dirigeants se disent prêts à payer leurs bureaux 8 % plus cher en moyenne si leur qualité environnementale est meilleure. La performance énergétique fait donc en partie la valeur d'un immeuble.
Un chantier important reste à mener. En Île-de-France, 60 % du parc tertiaire a plus de 25 ans, et la rénovation énergétique doit continuer. Le climat ajoute un autre défi. Pendant les canicules, le bureau devient un espace refuge : 60 % des salariés franciliens qui y vont pendant les fortes chaleurs le font pour la climatisation. Pourtant, 53 % jugent leur entreprise mal préparée.
Les bureaux sont aussi exemplaires en matière de sobriété foncière. En Île-de-France, l'artificialisation des sols liée aux bureaux a baissé de 74 % sur 2017-2021 par rapport à 2012-2017. Cette baisse vient de la réutilisation des bâtiments et des terrains existants.
Le bureau est un levier de productivité, d'innovation et d'attractivité pour la France et chacun de ses territoires. Pour que le parc reste un atout national, l'étude propose quatre thèmes incluant huit pistes de travail. Le point commun : une meilleure coopération entre acteurs publics et privés.
Les transitions des dernières années ont recentré le bureau sur l'essentiel. Le bureau est le lieu du collectif pour 8 millions de salariés. Il fait vivre les quartiers et participe à l'attractivité des territoires. Il est aussi un actif engagé dans la sobriété énergétique et foncière.